Une machine a fertilisé un ovule, choisi l’embryon, puis permis la naissance d’un bébé… sans que les médecins interviennent directement. Ce scénario digne de la science-fiction est désormais une réalité. Mais derrière cette prouesse technologique, une question dérange : sommes-nous prêts à confier la vie à une intelligence artificielle ?
Un bébé né d’un robot : la médecine vient-elle de franchir une ligne rouge ?
Une équipe scientifique américaine a réussi la naissance d’un bébé grâce à un procédé de fécondation in vitro largement automatisé, combinant robotique et intelligence artificielle. Développée par Conceivable Life Sciences, cette technologie automatise 23 étapes clés de l’injection intracytoplasmique de spermatozoïde (ICSI), une méthode utilisée notamment en cas d’infertilité masculine. En réduisant les risques d’erreurs humaines, cette innovation vise une meilleure fiabilité des résultats. Cette première mondiale soulève néanmoins une question centrale : l’automatisation peut-elle vraiment remplacer l’expertise humaine dans la reproduction ?
Bébé né d'un robot : automatisation avancée de la procédure ICSI
Le système développé par Conceivable Life Sciences prend en charge 23 étapes critiques du protocole ICSI, une technique de fécondation qui consiste à injecter un spermatozoïde directement dans un ovocyte. Cette opération, habituellement réalisée manuellement par des biologistes, requiert une précision extrême et une vigilance constante.
Jacques Cohen souligne que « comme dans d'autres professions, la fatigue ou la distraction peuvent conduire à des erreurs susceptibles de réduire les chances de réussite de la fécondation ». Pour pallier ces limites humaines, le système permet de lancer chaque étape via un bouton tout en assurant une surveillance à distance par vidéo en direct.
L’innovation réside également dans l’intégration de modèles d’intelligence artificielle qui sélectionnent les spermatozoïdes et les embryons selon des critères morphologiques précis. Après identification et immobilisation des spermatozoïdes par impulsions laser, la machine procède à leur injection dans des ovocytes de donneuse. Le système analyse ensuite les embryons formés pour sélectionner ceux présentant la configuration chromosomique la plus prometteuse.
World’s first baby conceived by sperm-injecting robot is born – thanks to AI-operated machine #Aibaby
Ca 7CjuwfmCGJNnHgZMsu2MzBk9kRCuQQvmaJt63juHpump pic.twitter.com/TXUOuIBNSC— Ozilgreat (@Ozilgreat101) April 11, 2025
Un essai concluant, mais encore limité
Le couple ayant participé à cette expérimentation faisait face à une double infertilité : une motilité faible des spermatozoïdes chez l’homme et l’impossibilité pour la femme de produire des ovocytes viables. Des ovocytes et spermatozoïdes de donneurs ont donc été utilisés. Sur huit ovocytes, cinq ont été traités par la méthode automatisée, donnant lieu à quatre embryons. Les trois autres, fécondés manuellement, ont tous produit un embryon.
L’intelligence artificielle a ensuite identifié deux embryons de qualité optimale, issus du lot automatisé. Le premier transfert n’a pas abouti, mais le second a permis une grossesse menée à terme et la naissance d’un enfant en bonne santé.
Cette réussite reste une preuve de concept. Joyce Harper, de l’University College London, salue cette avancée tout en soulignant la nécessité d’études plus larges. Elle insiste sur l’importance de tests cliniques randomisés pour évaluer l’efficacité réelle de cette technologie face aux méthodes conventionnelles.
Si le coût représente pour l’instant un frein à sa généralisation, Jacques Cohen affirme que les efforts de standardisation et d’optimisation devraient permettre une baisse progressive des tarifs. Bien que l’automatisation complète ne puisse se substituer à l’expertise humaine, elle pourrait devenir un outil clé pour améliorer la régularité et la sécurité des procédures de fécondation in vitro.
